Les Royaumes Du Nord
Arctique,
Ensemble des régions qui entourent le pôle Nord. L'Arctique, qui n'est pas une zone clairement définie, comprend l'océan Arctique, de nombreuses îles et une partie de l'Amérique du Nord, de l'Asie et de l'Europe.
L'Arctique peut se définir de trois façons différentes : comme la région située au nord du c
ercle polaire arctique (66°!30' de latitude nord), celle située au nord de l'isotherme estival de 10!°C (la ligne qui, sur une carte, relie les différents points ayant une température moyenne annuelle de 0!°C et une température moyenne de 10!°C pour le mois d'été le plus chaud), ou la région située au nord de la ligne où poussent les arbres. La deuxième et la troisième définition correspondent à peu près au même territoire, qui est un peu plus grand que la région délimitée par le cercle polaire arctique. C'est cette région qui sera examinée dans cet article.
La plus grande partie des terres arctiques se trouvent au Canada, en Russie, au Groenland et dans la Scandinavie continentale, ainsi qu'en Islande, en Alaska et dans l'archipel de Svalbard.
Environnement naturel
À la différence de l'Antarctique, qui est une vaste calotte de glace de plusieurs kilomètres d'épaisseur, l'Arctique se compose d'un océan, l'Océan glacial arctique, entouré par des terres. La surface de cet océan est perpétuellement gelée!; la limite des glaces flottantes, ou banquise, varie selon les saisons. Seul le Groenland est couvert d'une calotte glaciaire, ou indlandsis, semblable à celle de l'Antarctique.
Trois boucliers, essentiellement formés de granit et de gneiss, constituent le substrat géologique de l'Arctique : le Bouclier russe, scandinave et baltique, le Bouclier d'Angara, ou plateau de Sibérie, situé au nord de la Sibérie centrale, et le Bouclier canadien, qui comprend la totalité de l'Arctique canadien, en dehors des îles de la Reine-Élisabeth. Plusieurs régions, dont la plus grande partie du Groenland, sont en permanence couvertes de glace. De grandes plaines côtières s'étendent dans le nord de la Sibérie, au nord-ouest du Canada et dans les îles avoisinantes, ainsi que dans le nord de l'Alaska. Des chaînes de montagnes se trouvent dans l'est de l'Arctique canadien, en particulier sur la terre de Baffin, sur le territoire de Yukon, dans le nord de l'Alaska, sur la côte du Groenland, en Islande et dans le nord-est de la Sibérie.
Exploration des régions de l'Arctique
Au IVe siècle av. J.-C., les Grecs connaissaient l'existence de l'Arctique, dont une partie avait déjà été colonisée par les Inuits et les Amérindiens. Au début du IXe siècle apr. J.-C., des moines irlandais établirent pour quelque temps une colonie en Islande. Les Vikings, qui étaient des populations norvégiennes, atteignirent l'Arctique en partant de la Scandinavie. Vers 982, l'explorateur norvégien Erik le Rouge aperçut une terre à laquelle il donna le nom de Groenland. Au cours des quatre siècles suivants, les Vikings visitèrent probablement l'Arctique canadien.
Par la suite, le besoin européen de découvrir de nouvelles routes maritimes vers l'Orient détermina dans une large mesure l'exploration de l'Arctique. Il s'agissait plus précisément du passage du Nord-Est, au nord de l'Asie, et du passage du Nord-Ouest, à travers les îles arctiques de l'Amérique du Nord. En 1553, le navigateur anglais Willoughby se lança pour la première fois à la recherche du passage du Nord-Est. Son compagnon, Richard Chancellor, atteignit le site de la ville actuelle d'Arkhangelsk, sur la mer Blanche. Il ouvrit ainsi une nouvelle route commerciale.
La recherche du passage du Nord-Ouest commença dans les années 1490 par les voyages du navigateur anglais Jean Cabot. Il échoua, comme beaucoup de ses successeurs. En 1576, l'explorateur anglais Martin Frobisher atteignit l'Arctique canadien!; en 1587, John Davis explora la zone comprise entre le Groenland et le terre de Baffin, qui porta par la suite le nom de détroit de Davis. En 1610, Henry Hudson aperçut la baie à laquelle on donna plus tard son nom. En 1612-1613, l'explorateur gallois Thomas Button dressa la carte de cette région. Le navigateur anglais William Baffin explora ce qui reçut plus tard le nom de baie de Baffin en 1616!; il réussit ainsi à atteindre un lieu situé à 77°!45' de latitude nord, et il fallut attendre deux cents ans pour que cette latitude soit dépassée.
Le tsar Pierre le Grand encouragea l'exploration de la zone arctique de la côte sibérienne au début du XVIIIe siècle. Il utilisa les services du navigateur danois Vitus Jonassen Behring, qui découvrit en 1728 le détroit qui porte son nom et sépare la Sibérie de l'Alaska.
Soucieux de relancer les recherches concernant le passage du Nord-Ouest, les autorités britanniques organisèrent en 1818 la première des expéditions arctiques, dont ils confièrent le commandement à William E. Parry. En 1819, Parry atteignit l'île Melville, dans l'Arctique canadien. En 1845, John Franklin dirigea une expédition britannique vers le détroit de Béring en partant du détroit de Lancaster, qui débouche sur la baie de Baffin. Les deux navires de l'expédition furent bloqués par les glaces pendant l'hiver de 1846, et Franklin mourut en juin de l'année suivante, ainsi qu'une grande partie de son équipage. Les survivants abandonnèrent les navires en avril 1848, et succombèrent rapidement. La disparition des navires, qui furent aperçus pour la dernière fois en 1845 ne resta pas sans conséquence : de nombreuses expéditions furent lancées à leur recherche, à partir de 1848. Ce n'est finalement qu'en 1857 que l'on apprit le sort de l'expédition de Franklin. Le Suédois Adolf Erik Nordenskjöld, qui naviguait à bord du Vega, réussit à emprunter pour la première fois le passage du Nord-Est en 1878-1879.
La première expédition arctique officielle date de 1881-1882. Organisée dans le cadre de la première année polaire internationale, elle était placée sous le commandement de Adolphus W. Greely. Le camp de base était situé dans la baie Lady Franklin, sur l'île Ellesmere, et des observations magnétiques et météorologiques furent entreprises. En 1884, quand les navires qui devaient assurer la relève arrivèrent enfin, dix-sept membres de l'expédition étaient morts de froid et de faim.
En 1888, l'explorateur norvégien Fridtjof Nansen traversa pour la première fois la calotte glaciaire du Groenland. En septembre 1893, Nansen essaya de traverser le pôle Nord à bord du Fram et il parvint à se frayer un chemin dans la banquise près des îles de la Nouvelle-Sibérie. Son navire atteignit un point situé près du pôle, à 86°!14' de latitude nord, en août 1896.
Entre 1886 et 1909, l'explorateur américain Robert E. Peary dirigea plusieurs expéditions vers l'Arctique en passant par la baie de Baffin. En 1900, il atteignit le cap Morris Jesup, au Groenland, le point le plus au nord des terres arctiques!; le 21 avril 1906, alors qu'il essayait d'atteindre le pôle Nord, il parvint jusqu'à un lieu situé à 87°!6' de latitude nord. Le 6 avril 1909, il atteignit, selon toute vraisemblance, le pôle Nord, à l'aide de traîneaux tirés par des chiens. Il partit de la terre de Grant, au nord de l'île Ellesmere, et traversa la banquise. Si l'on considère généralement qu'il fut le premier à parvenir jusqu'au pôle avec son équipe, on s'interroge toujours pour savoir s'il a véritablement atteint le pôle, ou s'il n'a fait que s'en approcher. En 1903-1906, l'explorateur norvégien Roald Amundsen réussit pour la première fois à emprunter le passage du Nord-Ouest à bord d'un navire.
En 1906, l'anthropologue américain d'origine canadienne Vilhjalmur Stefansson vécut avec les Inuits, près du delta du fleuve Mackenzie. C'est également pour étudier les Inuits que Stefansson et Rudolf Anderson voyagèrent dans la région de l'île Victoria et du golfe Coronation entre 1908 et 1912. De 1913 à 1918, Stefansson commanda l'expédition arctique canadienne, qui découvrit de nouvelles terres dans l'archipel arctique.
En mai 1926, l'explorateur américain Richard E. Byrd et son compatriote Floyd Bennett réussirent à atteindre le pôle Nord en avion. Quelques jours plus tard, Amundsen, Lincoln Ellsworth et Umberto Nobile décollèrent du Spitzberg à bord du Norge, survolèrent le pôle Nord et atterrirent en Alaska. Ils avaient parcouru en plus de 70 heures la distance de 5 460 km.
En 1928, l'explorateur australien George Wilkins vola de Point Barrow en Alaska jusqu'au Spitzberg.
En 1932, l'Union soviétique créa le service de la route maritime du Nord, qui était destiné à développer les ressources de la Sibérie et à ouvrir une voie commerciale par le passage du Nord-Est. Quatre scientifiques soviétiques, dirigés par I.D. Papanin, dérivèrent pendant neuf mois en 1937 sur une petite île de glace appelée NP 1. Ils étudièrent l'océan, et installèrent par la suite des stations scientifiques temporaires sur cette île.
En 1981, les scientifiques soviétiques avaient installé environ vingt-six stations de ce type. Ils avaient également fait de brefs séjours répétés sur la glace de l'océan Arctique pour remplir des missions scientifiques. Pendant l'été 1938, les pilotes soviétiques V.P. Chkalov et M.M. Gromov réalisèrent des vols sans escale à bord d'un avion monomoteur. Ils survolèrent le pôle Nord, et atteignirent Vancouver.
Le projet de se déplacer sous les glaces, qui avait été envisagé il y a longtemps par Stefansson et Wilkins, devint une réalité en 1958, quand le Nautilus, sous-marin américain à propulsion nucléaire, réussit à traverser pour la première fois l'océan Arctique. Il partit du détroit de Béring et atteignit l'Islande en quatre jours en passant par le pôle Nord. Les activités scientifiques des régions arctiques augmentèrent considérablement pendant l'Année géophysique internationale de 1957-1958. Le programme était organisé par plusieurs nations, qui installèrent ensemble plus de trois cent stations.
Vers la fin des années 1970, la recherche scientifique et la collecte systématique de données remplacèrent dans une large mesure l'exploration traditionnelle. L'Arctique est devenu beaucoup plus accessible grâce aux avions, aux sous-marins, aux brise-glaces et aux nouveaux moyens de transport terrestres. De plus, la collecte systématique des informations est désormais largement prise en compte par des satellites terrestres et par des instruments de mesure automatiques. Le centenaire de la découverte de Vega en 1878-1879 fut marqué par un important travail scientifique mené à bord du brise-glaces suédois Ymer. Des recherches furent également réalisées par une équipe internationale de scientifiques entre la mer de Barents et le nord-est du Groenland.
Au début des années 1980, une autre équipe de recherches entreprit des études à long terme sur la calotte glaciaire du Groenland. Des forages furent effectués dans la glace jusqu'à une profondeur de 2 036 m et l'on en tira des échantillons qui furent analysés. En 1986, la plus grande forêt fossilisée de l'Arctique, datant d'environ 45 millions d'années, fut découverte au Canada, sur l'île Axel Heiberg.
L'Arctique est touché par la pollution industrielle, au même titre que l'Antarctique. En 1987, on découvrit au-dessus de l'Arctique un «!trou!» dans la couche d'ozone.
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